Hebdo 39 Lons-le-Saunier


80 km/h : le test de vérité

  • Un nouveau coup d'arrêt pour la ruralité selon ses détracteurs.
  • Un nouveau coup d'arrêt pour la ruralité selon ses détracteurs.
  • Les gendarmes ont fait de la pédagogie en distribuant des flyers.
Avec 73% d’opposants à la nouvelle réglementation, qui se cache derrière cette fronde contre l’abaissement de la limitation de vitesse sur le réseau secondaire ? Tranches de vies de jurassiens "ralentis".

Régis Bride, président de l’U2P (Unions des entreprises de proximité), a fait ses comptes : près de 10% de temps de travail sera perdu sur les routes, soit 26 heures par an en moyenne pour un salarié qui fait une demi-heure de route par jour. Pour les professionnels de la route, la perte est évaluée à 150h de travail par an, soit presque un mois de travail pour un commercial par exemple.

L’U2P prévoit une « perte de compétitivité des entreprises, avec 1 à 2% de CA en moins sur l’année », ce qui entrainera sans doute pour les salariés une baisse de la redistribution des bénéfices. Des salariés qui en cas de perte de permis perdront par là même aussi leur emploi. « L’effet pour les start-up de Paris sera nul, mais colossal pour nous ».

 

Coiffeuse : « Me lever plus tôt »

 

Pour Alison Bordiau, coiffeuse à Lons-le-Saunier, la nouvelle n’a rien de réjouissant. La jeune femme, qui réside à Champagnole, effectue quatre fois par semaine le trajet vers Lons (soit environ 280 km/ semaine). Principal écueil selon elle : « On ne pourra plus doubler les camions, alors qu’il y en a beaucoup sur cette portion de route. Parfois 2 ou 3 à la file ».

Un trafic qui s’annonce donc moins fluide pour les automobilistes que par le passé, doublé d’un risque : « Dans les grandes lignes droites, certains seront peut-être tenté de consulter leurs smartphones ». Et finalement d’être moins attentifs à la route…

 

Infirmière : « Une horreur ! »

 

Pour cette infirmière de la maison de santé de Nozeroy, effectuer les tournées quotidiennes est devenu un peu plus difficile : « Sur une journée, on peut faire jusqu’à 200 km, car on couvre 28 communes. Pour les plus grosses tournées (près de 30 patients), on risque donc de terminer à 14h30, au lieu de 14h ». Une « petite » demi-heure qui compte quand on commence à 6h30 ou 7 h du matin. C’est surtout l’addition de ces moments qui risque de peser lourd à la fin de l’année : « Je fais environ 30.000 km/an ».

 

Vsl/ ambulance : « On ne peut plus doubler les poids lourds »

 

Pour Cyrille Margueron, gérant des ambulances du Triangle d’Or à Arbois, ce sont les patients qui seront les plus impactés : « 10 à 15 minutes de plus pour un malade qui va faire une chimiothérapie à Besancon », idem bien sur au retour. Avec à la clé, des départs le matin un peu plus précoces. Mais  « pour remettre à jour les gps embarqués dans nos 5 véhicules arboisiens, il va peut-être falloir aussi repasser au garage ». Le plus gênant sera sans doute de doubler les camions : « avant on pouvait, maintenant on ne pourra plus ». L’ambulancier craint en effet les paquets de voitures qui se formeront derrière les poids-lourds roulant à 70-80 km, interdisant ipso facto le dépassement.

 

Le 80 rentre dans les mœurs

 

Comme le permis à points ou la ceinture de sécurité, le 80 km/h rentrera-t-il dans la norme ? C’est le pari fait par Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, qui a mis sa main à couper que l’expérience de deux ans serait pérennisée. Pour enfoncer le clou, la gendarmerie a procédé à plusieurs contrôles de vitesse dès le 1er Juillet.

« A Champagnole, 300 véhicules ont été contrôlés avec 18 excès de vitesse et 9 autres infractions (dont alcool et stupéfiants) » explique le colonel Fabrice Allegri, patron des gendarmes du Jura. Une opération renouvelée le 2 juillet à Bletterans, avec beaucoup moins d’excès cette fois, ce qui tend à prouver que le 80a u compteur entre dans les mœurs. Pour la gendarmerie, il s’agissait surtout de « faire de la pédagogie ».

Une conductrice interceptée à Bletterans à 87 km/h (82 retenus), s’est juste vue rappelée à l’ordre. Un flyer de sensibilisation lui a été distribué, sur lequel on pouvait lire : « En roulant à 90 km/h au lieu de 80, vous ne gagnez que 2 minutes sur 25 km ».

 

 

Une indulgence de quelques jours

 

Pour Richard Vignon, préfet du Jura, il s’agissait d’éviter l’effet couperet. Une « indulgence » qui aura duré quelques jours, et que n’auront pas les radars automatiques, reprogrammés sur la nouvelle norme. Le colonel Allegri a rappelé que les automobilistes économiseront ainsi du carburant, une économie chiffrée à plus de 0,5 l/100 km par l’université Lyon II pour les moteurs essence, mais quasi-nulle pour les véhicules diesel.

Des vitesses moyennes en berne

Paradoxe des temps modernes, notre société de plus en plus civilisée et normalisée devient de plus en plus lente. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil à la vitesse moyenne enregistrée sur votre tableau de bord : faites le test, vous serez sans doute surpris de la voir s’afficher à moins de 60, voire moins de 50 km/h. Grande gagnante de ce changement : les autoroutes et leurs péages…qui sont plutôt l’apanage des métropoles.

 

 


Twitshot
Commentaires

Pas de commentaire



Les articles de la semaine

Le Jura, terre de contestation

Contre le coût de la pompe, le coup de la panne... A l'heure où les initiatives "citoyennes" peinent à rassembler quelques dizaines de personnes, Fabrice Schlegel, initiateur du groupe facebook "de l'essence de la contestation" est parvenu, vendredi dernier à Dole, à réunir plus de 700 soutiens à son indignation. Explication d'une exaspération croissante, véritable phénomène de société qui semble se répandre comme une traînée de poudre dans notre région rurale, et bien au delà.
Publié le 12/11/2018



Bloc-notes

CONCERT NOVEMBRE 2018

Publié le 25/10/2018


Les journaux partenaires

© 2013-2018 Hebdo 39 Lons-le-Saunier • Tous droits réservés • Réalisation : Jordel Médias
Plan du siteMentions légales